Aller directement au contenu

Les mots des régionsExpression

Les expressions marseillaises : sens et usage de quelques mots attestés

expressions régionales, Provence et Marseille

Entrée rédigée par Hortense Valleray · lue le

Un port aux bateaux de pêche vu de haut, une feuille annotée à l’encre violette au premier plan

Aperçu

Ce que l’on sait de l’origine

Pitchoun, peuchère et galéjade sont des emprunts au provençal, datés de 1848, 1784 et 1881 par le Trésor de la langue française ; « pastis » au sens d’affaire embrouillée est un mot marseillais relevé en 1915.

Sens 1

Marseille ou Provence : ce que disent les étiquettes

La 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française définit « marseillais » comme « relatif à la ville de Marseille, à sa région, à ses habitants ». Pour les mots eux-mêmes, elle écrit « en Provence » ou marque le niveau d’usage : « pitchoun » est familier, « peuchère » est une exclamation en usage en Provence.

Le Trésor de la langue française utilise la mention « région. (Provence) » pour « pitchoun » et « peuchère ». Parmi ces quatre mots, il ne parle de mot marseillais que pour « pastis ». Une page honnête garde donc ces deux niveaux : Marseille pour un mot attesté là, Provence pour la plupart des autres.

Sens 2

Quatre mots, leur sens et leur date

« Pitchoun » : petit enfant (Académie, familier), avec le diminutif affectueux « pitchounet » ; le Trésor le relève en 1848 chez Labiche et y voit un mot provençal signifiant « petit ». « Peuchère » : exclamation qui marque, selon les cas, l’étonnement, l’admiration, l’affliction ou la compassion ; on dit aussi « péchère » ou « pécaïre » (Académie) ; le Trésor cite « pécaïre » en 1784 chez Beaumarchais et l’emprunt au provençal pecaire, « pécheur », employé dès l’ancien provençal comme interjection de compassion.

« Galéjade » : récit plaisant et exagéré, histoire extravagante inspirée par le désir d’amuser autrui ou de lui en imposer (Académie) ; le Trésor la date de 1881 (Daudet) et l’emprunte au provençal galejado, « plaisanterie ». « Pastis » : outre la boisson à l’anis et la pâtisserie, l’Académie donne le sens figuré et familier d’affaire embrouillée, situation confuse et fâcheuse ; le Trésor le dit mot marseillais, attesté en 1915 au sens de « méli-mélo, gâchis ».

Sens 3

Ce que les dictionnaires retiennent

Seule une partie du parler de la région a fait son entrée dans les ouvrages de référence. Les mots présentés ici y figurent avec une définition et, pour la plupart, une date. Tout le reste, qui circule dans les conversations ou sur les réseaux, relève d’un usage que ces ouvrages ne confirment pas : la page ne le décrit pas.

La 9e édition de l’Académie marque d’un astérisque les mots nouveaux de cette édition. Plusieurs des mots de cette page y entrent précisément, ce qui indique un usage jugé assez installé pour être enregistré.

Sens 4

Employer ces mots sans caricature

Ces mots sont employés dans la région et connus bien au-delà. Ils ne définissent aucune personne : un mot régional est un mot, pas un portrait. À l’écrit, on les emploie avec leur sens attesté, entre guillemets ou en italique dans un texte soutenu, sans chercher à imiter un accent par l’orthographe.

Le niveau d’usage compte autant que le sens. « Pitchoun » est familier ; dans un courrier formel, on lui préférera « petit enfant » ou « enfant ».

Sens 5

Une histoire de mots voyageurs

Certains passent du régional au français courant. « Pitchoun » est relevé en 1848 dans une pièce de Labiche, « galéjade » en 1881 chez Daudet, deux attestations du XIXe siècle. D’autres restent attachés à leur région, et les dictionnaires le signalent par une étiquette. Pour d’autres zones, voir les expressions du Sud et celles du Nord.

Phrases-témoins

Des phrases de l’équipe ou de textes du domaine public, avec le mot étudié en évidence.

Le pitchoun dort déjà dans la chambre du fond.

Peuchère, il a manqué le dernier train !

Il nous a raconté une galéjade sur sa pêche d’hier.

Quel pastis à la gare : trois trains annulés et personne pour renseigner.

À retenir

  • Les dictionnaires rattachent la plupart de ces mots à la Provence ; « pastis » (affaire embrouillée) est donné comme mot marseillais.
  • Pitchoun, peuchère, galéjade sont des emprunts au provençal, datés par le Trésor de la langue française.
  • Un mot régional s’emploie avec son sens attesté, sans imitation d’accent ni caricature.

Ne pas confondre

  • Pastis (boisson), pastis (pâtisserie) et pastis (affaire embrouillée) : l’Académie enregistre les trois sens ; le contexte décide.
  • Peuchère, péchère, pécaïre : ce sont trois graphies d’une même exclamation selon l’Académie.
  • Galéjade et plaisanterie : la galéjade est un récit exagéré qui cherche à amuser ou à en imposer (Académie), souvent pour mystifier (Trésor de la langue française).

Source lue

Lu le 09/10/2026 : les entrées « marseillais », « pitchoun », « peuchère », « galéjade » et « pastis » du Dictionnaire de l’Académie française (9e édition) ; les mêmes entrées du Trésor de la langue française, rubrique « Étymologie et histoire », par le portail lexical du CNRTL. Seuls les mots enregistrés dans ces ouvrages sont présentés ; aucun parler ni aucune prononciation n’est décrit, et aucun terme injurieux n’est retenu.

Sources lues le .

Ce point demande de la prudence : seule la source officielle fait foi, relisez-la avant toute décision.

Questions courtes

Que veut dire « pitchoun » ?

Petit enfant, d’après l’Académie, qui le marque comme familier. Le diminutif « pitchounet » est affectueux. Le Trésor de la langue française y voit un mot provençal signifiant « petit ».

Peuchère ou péchère : quelle graphie ?

L’Académie donne « peuchère » et précise qu’on dit aussi « péchère » ou « pécaïre ». Les trois sont attestées ; choisissez-en une et gardez-la dans tout le texte.

Ces mots sont-ils réservés à Marseille ?

Non. Les dictionnaires les rattachent le plus souvent à la Provence ou au français régional, et plusieurs sont connus dans toute la France. Seul « pastis », au sens d’affaire embrouillée, est présenté comme marseillais par le Trésor.