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Figures de styleFigure de style

« Monter en haut » : le pléonasme et ses cousins, une figure de style discutée

n. m., figure de style ou défaut

Entrée rédigée par Ambroise Marchessault · relue par Hortense Valleray · lue le

Un escalier de pierre vu d’en bas, une main annote à l’encre violette la marge d’une épreuve

Aperçu

Le procédé

Un mot ajoute une idée que le verbe contient déjà : monter implique le haut. Voulue, la redondance renforce ; subie, elle alourdit.

Sens 1

Le pléonasme, figure admise

La 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française définit le pléonasme comme la figure par laquelle on renforce volontairement le discours par l’addition de mots de même sens, et donne comme pléonasmes admis et fort usités « je l’ai vu de mes yeux » et « je l’ai entendu de mes propres oreilles ».

Larousse admet lui aussi l’intention stylistique, avec un exemple de Molière (« Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux, vu »).

Sens 2

Le pléonasme vicieux

Le même article de l’Académie distingue, avec une nuance péjorative, le pléonasme vicieux : l’addition inutile de termes de même sens, redondance souvent involontaire et fâcheuse. L’exemple donné est précisément « monter en haut » et « descendre en bas ». L’Académie signale que l’on emploie aussi, en ce sens, le mot périssologie.

Le Trésor de la langue française cite la formulation de l’Académie de 1935 : quand le pléonasme n’ajoute rien à la force ou à la grâce du discours, il est vicieux. Il note aussi que le mot « pléonasme » est attesté en français dès 1610, emprunté au latin grammatical, lui-même venu du grec pleonasmos, « surabondance, excès ».

Sens 3

Pourquoi « monter en haut » répète

Le verbe « monter » porte déjà l’idée d’un déplacement vers le haut. Ajouter « en haut » redit cette idée sans rien préciser de nouveau. L’Académie range l’expression parmi les pléonasmes, au même titre que « descendre en bas ».

Le complément change pourtant la donne. Si « en haut » désigne un lieu (« monter en haut de la tour »), il apporte une précision : ce n’est plus un pléonasme mais un complément de lieu. C’est la nuance que la formule isolée cache.

Sens 4

Quand la redondance est une figure

Le pléonasme est un procédé ancien. Littré rapporte la formule de Beauzée : des mots qui paraissent superflus pour l’intégrité grammaticale mais servent à ajouter des idées accessoires, pour éclairer ou pour renforcer l’énergie. Le même article de Littré mentionne aussi la redondance, emploi de mots inutiles.

La ligne de partage tient au rôle de ces mots, quel que soit leur nombre. « Je l’ai vu de mes yeux » insiste sur le constat direct ; « monter en haut » n’insiste sur rien. Dans un dialogue de roman, on peut pourtant le garder pour caractériser un personnage.

Sens 5

Comment corriger sans appauvrir

Repérez le mot qui duplique l’idée du verbe, du nom ou de l’adjectif, et retirez-le : « monter » seul, « descendre » seul. Si vous tenez à garder la précision, remplacez-la par une indication de lieu réelle : « monter au grenier », « descendre à la cave ».

Les pléonasmes les plus courants sont à chercher dans les verbes de mouvement et les adverbes (« sortir dehors », « entrer dedans »). La page sur la répétition traite le cas voisin des mots identiques repris à dessein.

Phrases-témoins

Des phrases de l’équipe ou de textes du domaine public, avec le mot étudié en évidence.

Il est allé descendre en bas chercher le courrier.

Peux-tu monter en haut me chercher un pull ? (version allégée : « Peux-tu monter me chercher un pull ? »)

Je l’ai vu de mes yeux, entendu de mes oreilles.

Il s’est levé debout pour répondre. (version allégée : « Il s’est levé pour répondre. »)

À retenir

  • L’Académie cite « monter en haut » comme exemple de pléonasme vicieux, et « je l’ai vu de mes yeux » comme pléonasme admis.
  • Un pléonasme est une figure quand la redondance est voulue et apporte de la force ; sinon c’est un défaut.
  • Pour corriger, supprimez le mot qui répète : « monter », « descendre », « se lever ».

Ne pas confondre

  • Pléonasme et répétition : le pléonasme ajoute des mots de même sens, la répétition reprend les mêmes mots.
  • Pléonasme et tautologie : le Trésor de la langue française donne tautologie et battologie comme synonymes du pléonasme ; certains ouvrages gardent des nuances, à vérifier dans celui que vous suivez.
  • Pléonasme et oxymore : le premier répète une idée, le second assemble deux idées contraires.

Source lue

Lu le 09/10/2026 : l’entrée « pléonasme » du Dictionnaire de l’Académie française (9e édition) et du Trésor de la langue française, par le portail lexical du CNRTL ; l’entrée « pléonasme » de Larousse. Le jugement porté sur « monter en haut » est celui de l’Académie, cité tel quel ; d’autres ouvrages peuvent nuancer. Les versions allégées sont de l’équipe.

Sources lues le .

Questions courtes

« Monter en haut » est-il une faute ?

L’Académie le cite parmi les pléonasmes et classe ce type de redondance, quand elle n’apporte rien, comme vicieuse. Dans un texte soigné, on écrira simplement « monter ».

Tous les pléonasmes sont-ils à éviter ?

Non. L’Académie admet des pléonasmes usités comme « je l’ai vu de mes yeux », qui renforcent l’expression. Le critère est l’effet : une redondance qui n’ajoute rien est le défaut.

Un pléonasme est-il une figure de style ?

Oui quand il est voulu : l’Académie parle d’une figure par laquelle on renforce volontairement le discours. Subi, c’est une redondance maladroite.