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Écrire justeUsage

La prononciation de « gageure » : comment la dire

n. f., littéraire

Entrée rédigée par Hortense Valleray · lue le

Un dictionnaire ancien ouvert sur un pupitre, une loupe et un crayon violet posés à côté, la page floue

Aperçu

Quand l’employer

Quand on veut dire d’un projet qu’il ressemble à un pari difficile à tenir, dans un registre soutenu.

Règle 1

La prononciation recommandée

Larousse transcrit [gaʒyʀ], « comme pour rimer avec je jure », et recommande d’éviter [gaʒɶʀ], « comme pour rimer avec nageur », malgré sa fréquence. L’Office québécois de la langue française donne la même forme, « comme dans injure », et note que les ouvrages recommandent unanimement cette prononciation.

Le TLFi transcrit le mot avec une voyelle longue et qualifie la variante en [œ] d’« unanimement réprouvée ».

Règle 2

D’où vient l’hésitation

Les deux ouvrages avancent des explications. Le TLFi, qui cite un ouvrage de Martin sur la prononciation, y voit une lecture fautive « gag-eure » pour « gage-ure », puisque le suffixe -eure n’existe en français que dans quelques féminins anciens comme prieure, mineure, majeure. L’Office reprend l’hypothèse d’un suffixe -eure mal interprété et ajoute l’influence du nom gageur, « personne qui gage », courant à l’époque.

L’Office relève que dès la fin du XVIIe siècle les lexicographes sentaient le besoin de donner des indications de prononciation, ce qui atteste indirectement une hésitation ancienne. Le TLFi cite l’Académie de 1740 à 1878 : « On prononce gajure ».

Règle 3

Ce que veut dire le mot

Larousse donne, au sens littéraire, « action, projet peu croyables et ressemblant à un pari hasardeux », avec l’exemple « C’est une gageure de vouloir raisonner cet entêté ». Le TLFi ajoute le sens vieilli d’action de gager, et l’emploi figuré « soutenir la gageure » : persévérer dans une entreprise malgré les difficultés.

Le mot est dérivé de gager, avec le suffixe -ure. Son recul face à « pari » dans l’usage courant, du moins en France, est signalé par l’Office comme un facteur de l’hésitation.

Règle 4

Dire gageure sans hésiter

La règle tient en une comparaison : le mot rime avec injure. Larousse dit « je jure », l’Office dit « injure ». Les deux rimes donnent la même voyelle finale, la même que dans « mûre » ou « sûre ». La rime avec « nageur » est celle que les ouvrages déconseillent.

Le e du milieu ne se prononce pas : Larousse précise que, comme dans « geai » ou « geôle », il sert seulement à empêcher la prononciation gu-. Sans lui, on lirait « gagure ».

Règle 5

Pourquoi l’autre prononciation reste fréquente

L’Office constate que, dans l’usage populaire et même dans la langue courante, les deux prononciations se côtoient depuis très longtemps. Il propose plusieurs facteurs : la confusion avec le suffixe -eure, l’influence du nom gageur, celle de l’orthographe, le recul du mot devant « pari ».

Le TLFi rapporte, d’après Martinet et Walter, que la prononciation en [œ] était pratiquée par 9 des 17 témoins de leur enquête de 1973, tout en la déclarant « unanimement réprouvée » par les ouvrages. La fréquence d’une forme ne dit donc pas qu’elle est recommandée.

Gageure appartient à un registre soutenu : Larousse le marque « littéraire ». Pour comparer avec d’autres registres, voir la page sur le langage soutenu. Pour les mots qui s’écrivent comme d’autres sans se prononcer pareil, voir la page sur l’homographe.

Phrases-témoins

Des phrases de l’équipe ou de textes du domaine public, avec le mot étudié en évidence.

C’est une gageure de vouloir raisonner cet entêté. (Larousse)

Tenir ce calendrier jusqu’au bout relève de la gageure.

Il a soutenu la gageure jusqu’au bout : l’emploi figuré relevé par le TLFi.

Gageure se dit comme injure ou je jure, pas comme nageur.

À retenir

  • Gageure se prononce [gaʒyʁ], comme injure ; la forme [gaʒœʁ], fréquente, est à éviter selon Larousse.
  • Le e sert seulement à éviter la prononciation gu- ; la suite -ure est un suffixe, pas -eure.
  • Le sens littéraire est celui d’un projet ressemblant à un pari hasardeux.

Ne pas confondre

  • Gageure et gageur : le second est le nom de la personne qui gage, selon l’Office.
  • Gageure et pari : le TLFi glose gageure par un projet si difficile qu’on dirait un pari à tenir ; l’Office signale que « pari » l’a supplanté dans l’usage courant en France.
  • [gaʒyʁ] et [gaʒœʁ] : la première est recommandée par tous les ouvrages lus ; la seconde, fréquente, est jugée fautive.

Source lue

Lu le 09/10/2026 : l’entrée « gageure » de Larousse (avec sa rubrique de difficultés de prononciation), celle du Trésor de la langue française (portail lexical du CNRTL) et l’article « Prononciation de gageure » de la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française. Les transcriptions sont celles des ouvrages ; pour entendre le mot, un dictionnaire sonore est un bon contrôle.

Sources lues le .

Questions courtes

Comment prononcer « gageure » ?

Comme « injure » ou « je jure » : [gaʒyʁ]. Larousse, le TLFi et l’Office québécois de la langue française recommandent cette forme et déconseillent [gaʒœʁ].

Que veut dire « gageure » ?

Au sens littéraire, Larousse donne : action, projet peu croyables et ressemblant à un pari hasardeux. Le TLFi note aussi « soutenir la gageure », persévérer malgré les difficultés.

Pourquoi tant de personnes disent-elles [gaʒœʁ] ?

L’Office cite plusieurs hypothèses : une lecture du mot comme s’il avait le suffixe -eure, l’influence du nom gageur, celle de l’orthographe et le recul du mot devant « pari ».